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 Idées & fragments

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RJ Palladio

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MessageSujet: Idées & fragments   Jeu 6 Jan - 14:29

- Une soirée, tout le monde rigole, Jim est totalement à part. Elle quitte la soirée, quentin lui dit " tu vas où? ". Elle marche dans la rue, seule. Elle pense, ça fait du bien. Elle rencontre des gens (à voir).
- Le frère de son meilleur ami tue son père (histoire de Gary, Charles Mézières).
- Démotivation totale pour ce qu'elle fait.
- Photographies du street art.
- Elle marche souvent dans la rue. Rencontre un clochard qui a deux petits chats roux, elle les caresse, tape un peu la discute.
- "Des fois, j'aimerais être un animal. Genre un chat. Pour ne plus avoir à me préoccuper".
- Tom est le garçon qu'elle aime en secret, mais il a une copine depuis deux ans. Ils sont amis, mais il y a une sorte de "tension" entre eux, ils échangent des petits regards et sourires complices, on sent vraiment qu'ils ont envie d'aller plus loin ensemble mais ils ne peuvent pas à cause d'Estelle. Il est gentil, passionné d'art et fait du longboard. Un jour il l'invite chez elle, ils discutent et il joue de la guitare. C'est vers lui qu'elle viendra quand Jay lui fera du mal. Il lui enlève les cheveux des yeux.
- Elle rencontre Caïn, qui fume des joints, a plein de tatouages. Il l'ensorcèle, fait ce qu'il veut d'elle. Ils couchent ensemble, il est violent. Elle le découvre une fois avec une autre fille (une de ses amies?) au feu de joie.
- Elle s'éloigne de sa meilleure amie, Marigold. Celle-ci a un nouveau cercle d'amis, beaucoup de garçons. C'est au cours d'une soirée commune qu'elle rencontre Jay notamment, ils flirtent. Mais Jim est préoccupée par Marigold qui est totalement torchée, elle dit n'importe quoi, elle danse avec tout le monde sauf avec Jim, elle dit "je t'aime" à tout le monde sauf à Jim. Jim est blessée, elle se rattrape avec Jay.
- Feu de joie à Heckmondwike : dans un petit bosquet, près des champs. Grosse beuverie, on regarde les étoiles, Jay avec une des amies de Jim. Quelqu'un se perd dans les bois, tombe dans la petite rivière ; finalement, tout le monde se jette dans la rivière.
- Des vieux wagons de trains tagués aux vitres cassées dans un coin d'une gare : le QG. Quand un train passe, tout tremble.
- Histoire d'Audrey : dispute avec les parents, baffe, lèvre qui saigne.
- L'un des gars cultive ses propres plants de cannabis : il fume des moustaches.
- Romain qui rompt "parce qu'il ne veut plus être en couple". Il ne répond jamais au téléphone, a des problèmes dans sa vie, n'a pas de vrais amis.. Jim a peur de le perdre et qu'il fasse quelque chose de mal.
- Commencer par : "que vaut ma vie? je ne sais pas. Rien ne se passe."
- Arrêt en voiture par la police : positif alcool/drogue.
- Avec de la vodka, un cafard sa passe tout seul !
- Dans une soirée, Jim reste seule. Des gars viennent lui parler. Finalement, elle passe la nuit chez l'un d'entre eux, car il n'y a ni taxi ni métro. Elle regarde sa bibliothèque, parcoure les livres : Stendhal, Hugo, etc. Ils parlent musique sur un agréable fond sonore rock. Finalement, ils se mettent au lit. Elle reste toute habillée, un peu pudique. Il lui demande si elle ne se déshabille pas. Elle le fait. Ils parlent un peu. Soudain, il se jette sur elle et tente de l'embrasser. Elle le repouse : " et ta copine ? ". Il rigole, commence à lui dire que ça ne va plus trop entre eux : " tu crois que je serais là si ça allait bien entre nous ? ".
- Faire des top 5, 10, 20. Le problème des tops, c'est de devoir choisir. J'ai dû choisir. D'un côté, mater des vidéos d'animaux chelous. De l'autre, traîner sur skyblog pour trouver des photos un peu LOL. J'ai finalement choisi de vous parler des vidéos parce que c'est beaucoup plus intéressant. Paragliding Crab, globicéphales, éléphants nageurs, VOILÀ. La vie. La vraie. Les animaux marins sont les plus beaux, les plus forts. De loin. Ils portent en eux tout le swag de la vie, ils sont les vrais éléments géniaux (j'avais fait une énorme faute volontaire, mais j'ai eu peur de me faire insulter en commentaires) et méconnus du monde moderne. Injuste. Allez tous mater des vidéos d'animaux marins, ils le méritent, et l'humanité aussi.
- Sort sur le balcon, met une musique, regarde les toits de Paris. A quelques mètres, dans la nuit noire, une silhouette masculine est aussi sur un balcon. Elle le regarde, leurs regards se croisent, il lui fait un signe.. Non, il lève un verre à sa santé. Elle sourit, lui fait un petit signe de la main à son tour. A développer.
- Je tombe trop souvent amoureuse. De ce gars, identique à son jumeau, qui ne dansait pas mais matait les filles, et qui finalement s'est décidé pour en emballer une. De ce serveur au Frog, Dreyfus, avec son sourire ravageur, sa petite barbe. De ce mec au concert des Second Sex à l'Inter, avec ses cheveux ébouriffés et son vieux manteau de beatnik.
- Cyril et Tom qui jouent au foot nus, puis s'assoient sur le muret et parlent aux voitures.


Dernière édition par DD Smither le Dim 3 Avr - 16:42, édité 4 fois
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RJ Palladio

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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Lun 21 Fév - 10:12

fragment 1

Les pieds nus sur le macadam, on s'écorche la peau contre les morceaux de verres brisés. la nuit est noire et sans étoile, les néons donnent à nos corps des airs de cadavres. Blanc et lumineux, ils airent ça et là, comme des fantômes, dans un Venice Beach endormi. Nos corps de cadavres, à la fois magnifiques et terrifiants, séducteurs et fragiles. On a peur de les casser, on s'accroche à ceux des autres. On se déplace en bande. Le rythme saccadé, synchrone de nos pas fait de nous des SS, prêtes à tirer sur le premier homme assez fou pour oser s'aventurer jusqu'à nous. SS, salopes et sottes.

A l'extrémité gauche de la rangée, Valentine, la rousse de la bande. Plantureuse, sulfureuse, aguicheuse. Elle est celle d'entre nous qui les intimident le plus, je crois, parce que ses yeux clairs ne son jamais fuyants. Elle sourit rarement, parle peu, mais ses regards sont plus intenses que tous les mots du monde. Valentine est la plus âgée aussi, celle qui a le plus d'expérience. Parfois, quand on n'arrive pas à dormir, Valentine nous raconte les histoires de ses nuits passées, et l'on sent bien, dans sa voix, qu'elle n'en regrette pas une seule.
De l'autre côté, Lula, blonde et nostalgique. Les cheveux emmêlés, les seins nus sous le débardeur transparent, les omoplates toujours humides de sueur et d'eau de mer. Lula est née ici et mourra ici, mais pas avant d'avoir vécu cent autres vies, d'avoir embrassé cent autres lèvres et caressé cent autres peaux. Lula fume trop, Lula boit trop, et Lula fait trop l'amour, mais c'est ce qui fait son charme. Le caractère excessif de ses passions.
A mon bras, il y a Daisy. Son cou semble dégager une douce odeur de tarte aux fruits rouges en permanence , sans que personne ne s'explique vraiment pourquoi. Respirer le parfum du cou de Daisy, c'est comme rentrer à la maison, et se retrouver exactement là où devait être de puis le tout début. Depuis le commencement.
Et enfin il y a Léon, cette fille belle et inconsciente que j'appelle je mais qui n'est pas vraiment moi. Cette fille que j'aimerais bien être pour de vrai et que je fais semblant d'être en attendant. Parce que Léon n'a peur de rien, qu'elle aime tout le monde et que tout le monde l'aime, au moins un peu. Léon a le goût du miel, âcre et sucrée, et celui des premières Margaritas, pétillante et corsée. Léon rit tout le temps, observe un peu et parle beaucoup. Elle plait aux jeunes et aux moins jeunes parce qu'elle l'est justement, jeune. Très. Peut être même trop. Et parce que je ne me sens jamais aussi libre que quand je joue à être Léon.
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RJ Palladio

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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 9:40

fragment 2

Un jour j'aurai une meuf. Une meuf à la fois sérieuse et pas prise de tête. Un soir de la semaine je l'appellerai vers dix heures et demi, on se rejoindra Place de la Loi. On ira acheter des bières à l'arabe d'en face. Elle sera dans son imper beige, elle sera venue en vélo parce qu'elle habitera juste à côté, à Saint-Antoine. On marchera un peu le long des arbres sans feuilles du Boulevard du Roi, on s'assoira sur un banc pour discuter et savourer le plaisir d'être réunis à l'improviste, sous la nuit. Elle me racontera plus longuement cette histoire qui lui est arrivée au taf et dont elle m'avait brièvement parlé au téléphone avant le dîner. L'alcool nous montera aux yeux alors on tentera de rentrer dans le parc du château par une des grilles. On n'y arrivera pas. Pour se réconforter on s'embrassera, dans un tel silence qu'on entendra le bruit de nos lèvres. On se dira à très vite, je la regarderai partir en vélo, et puis je rentrerai, le coeur plein, dans ce coin anonyme de Versailles si vide la nuit en pleine semaine.

"Be regular and orderly in your life, so that you may be violent and original in your work" (Flaubert)
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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 9:41

fragment 3

Je suis en avance. Je suis toujours en avance, ou presque. J’ai une hantise folle du retard. Ca me bouffe les sangs. Je me ronge les ongles à l’idée que quelqu’un m’attende quelque part, par ma faute. C’est con, on aurait plutôt tendance à vouloir que quelqu’un nous attende quelque part. C’est con, ce quelqu’un est généralement en retard, et, ce d’autant plus que je suis là tôt, mais peu importe. Tu es en retard donc, et ça m’ennuie. Ca m’ennuie parce que j’ai éteint mon iPod, et que j’en suis réduit à chercher une contenance en regardant mon portable, comme si j’avais des messages toutes les 30 secondes. Je fais même semblant de taper sur le clavier azerty. Je ne peux pas te prévenir que le bar où nous avions rendez-vous est fermé, parce que j’ai supprimé ton numéro et tes messages. J’allume une clope au cul de la dernière dès qu’elle est finie, mais même le fait de fumer des filtres ne me calme pas, ne me calme plus.

Je te vois arriver de loin. Je suis placé au milieu de la rue pavée, les petits immeubles de deux ou trois étages en briques rouges n’ont pas l’air de vouloir m’aider et le ciel gris de crever d’envie de me cracher dessus. Je pensais en être arrivé au point où je détesterais ta démarche, que te voir sourire doucement me donnerait envie de vomir, mais je m’aperçois que je suis prêt à me raccrocher à tout ce que je connais un peu pour que tout soit plus simple. Je m’aperçois que ça me rassure que certaines choses ne changent pas, quand nous en sommes au point où je dois tout envoyer se faire foutre dans nos mémoires.

Je dis, tu vas bien ?, en te faisant la bise, et c’est déjà bizarre en soi, même si ce n’est pas arrivé depuis deux semaines que je t’évite. Tu dis que oui, et je te déteste de ne pas avoir le courage qu’il me manque de dire que non, c’est la merde. Je réponds que ça va, moi aussi.

Je dis que le bar est fermé, et qu’il faut que nous aillions ailleurs. Tu ne dis rien, et nous marchons côte à côte, et c’est vraiment bizarre, vraiment pas naturel, parce qu’il ne nous est pas arrivé souvent de le faire sans nous toucher. C’était arrivé si vite, et ça va finir de la même manière. Je me sens mal à l’aise. Je me sens mal à l’aise parce que tout ça est de ma faute.

C’est de ma faute si nous en sommes là, si je ne t’ai pas vue depuis quinze jours. Je crois que je me suis lassé, que ton enthousiasme m’a bouffé, que je n’étais plus capable de te regarder et de m’émerveiller de comment tu me regardais, que je n’y croyais plus. Je voulais que tu sois cynique et pas cette fille pleine de vie, cette gosse qui m’avait tant plu il y a déjà si peu de temps, ça me demandait trop d’effort, je n’y arrivais plus. Je ne pouvais plus donner le change et faire comme si j’étais tout ce que tu croyais que j’étais, cette sorte de wonderkid talentueux qui écrivait bien et qui n’avait peur de rien, et qui avait toute la vie devant lui avec une autoroute dorée sur laquelle il était. Je n’étais que du vent, de l’esbroufe, un imposteur qui alignait des mots, de la poudre aux yeux, en rêvant d’avoir assez de fric pour s’en mettre dans le nez pour enfin voir la vie en rose, et lui comme tu croyais qu’il était. Tu n’étais pas la première qui tombait dans le panneau, et puis j’avais un peu levé le voile aussi, tu me connaissais bien, mais j’avais besoin de retourner là où les choses faciles étaient, là où je n’avais qu’à donner le change sans devoir être la hauteur. Ce n’est même pas que tu m’en demandais trop, parce que tu m’acceptais avec tous mes défauts et toutes mes contradictions, juste que je n’étais pas prêt, que je ne pouvais pas, que je n’étais juste pas ce que tu pensais que je pouvais être.

Nous nous asseyons en terrasse à une table ronde en aluminium. Le serveur arrive au bout de quelques minutes silencieuses. Je ne veux pas prendre un Jack parce que ce serait admettre que je ne suis vraiment pas à l’aise et qu’il n’est que 15h. Je demande une bière en rassemblant le peu de confiance qui me reste pour avoir l’air à l’aise mais ils ne l’ont plus et je perds pied une dizaine de secondes avant de retrouver l’équilibre. Tu me demandes ce que j’ai fait hier, parce qu’on avait déjà rendez-vous. Je mens par omission, en ne disant pas que j’étais saoul et que j’embrassais une fille comme si elle allait me sauver la vie. Ce n’est pas nécessaire et, de toute façon, nous sommes déjà finis. Je ne retourne pas la question et je ne dis rien pendant un bout de temps. Toi non plus. Nous attendons nos verres en fumant des clopes, et je regarde ma montre régulièrement, les bras croisés sur la poitrine. Le temps que tu ouvres la bouche, j’ai déjà presque fini ma bière.

Tu n’as rien à me dire ?, tu demandes. Je me tais, et puis je dis que je ne sais pas, que je n’en sais rien. Je fais des pauses parce que je dois cracher les mots comme des glaires, et je te dis, et je ne sais pas pourquoi tu ne me mets pas une claque, je ne sais pas, qu’est-ce que tu veux savoir, pose-moi des questions. Je pense que si tu ne m’aides pas, je n’y arriverai jamais.

Bien sûr que j’aurais des choses à te dire, avec des reproches et des gros mots et tout qui sortirait d’un coup, que je cracherais des vipères, mais je ne peux pas tirer sur l’ambulance, je me doute bien, je suis sûr, je sais, que c’est plus dur pour toi que pour moi, c’est toi qu’on n’aime plus. Je ne peux pas être ingrat, présenter les choses comme si tu ne m’avais pas fait de bien, comme si je n’avais pas été mieux avec que sans toi. Comment pourrais-je te dire que le simple fait que tu aies besoin de moi me dégoûte de toi ? Comment pourrais-tu comprendre qu’au fond ce n’est pas toi que je méprise mais ma gueule et que tu ne pourras jamais rien y changer et que je ne peux rien y changer dans ces conditions, et que la seule chose à faire, la seule chose qui ne me réduise pas à l’impuissance, le seul moyen que j’aie de prendre ma vie en main c’est de tout foutre en l’air ? Comment pourrais-tu comprendre que je suis en train de virer le seul truc stable de ma vie, pas une béquille, un truc plus fort, plus vivant, plus attaché à moi encore, auquel je suis plus attaché encore, alors que je ne suis pas capable de marcher seul et droit ? Comment pourrais-tu comprendre que j’envoie aux gémonies une fille qui appréciait tout ce que j’étais incapable d’aimer, et moi en premier lieu ?

Alors, quand tu dis, explique-moi, j’essaie d’expliquer autrement.

- Je crois que j’ai réalisé que je ne t’aimerais jamais, et chaque mot bute en haut de ma gorge. Ce n’est pas de ta faute ; tu n’y es pour rien (et je ne crois pas mentir), mais je sais que ça ne va nulle part, que ça ne sert à rien de continuer, que tu ne peux pas m’aider, et qu’il n’y a rien à sauver.

Tu ne dis rien un moment et je ne te presse pas vraiment, je regarde devant moi, les bras croisés sur ma poitrine, regrettant que mon verre soit vide.

- Quand tu m’as dit que tu m’aimais, c’était vrai ? Ou tu m’as menti ?, et ta voix se casse au milieu de ta phrase.

Je me tais et je repense à la place, sous le soleil éblouissant, aux immeubles haussmanniens, à la fontaine, aux jets d’eau qui sortaient du sol, aux enfants qui s’y trempaient, au soleil éblouissant et à la chaleur moite dégagée par la flotte, aux cris, aux bruits des cafés et des conversations, au musée des Beaux-arts et à son jardin, à notre droite, à l’Hôtel de Ville imposant en face de nous, et à la scène temporaire sur laquelle un groupe chantait des reprises de chansons populaires pour la fête de la musique, à tes lunettes qui m’énervaient parce que c’était les mêmes que moi, c’était les miennes. Tu partais, et puis tu m’as dit, je t’aime en me serrant fort contre toi, en te serrant fort contre moi, et je ne savais pas quoi faire, j’étais comme acculé, je paniquais presque, et j’ai dit, je t’aime aussi en t’embrassant. Puis j’ai tourné le dos et je suis parti sans me retourner.

- Non, je ne t’ai pas menti. J’étais amoureux de toi, et je le pensais oui. Mais aujourd’hui, ce n’est pas assez pour moi, je sais que ce n’est pas assez pour toi, et je veux plus et je sais que ça ne marchera pas avec toi. Mais j’ai essayé.

J’ai du mal à le dire. Je ne sais pas si je le pense. Je réalise que je crois que non, que je n’ai pas le courage de te le dire, que c’est déjà assez difficile comme ça, et que sur le moment, j’avais envie de ne pas mentir, et que ça doit nous suffire. Je réalise aussi que j’aimerais que ce soit un mensonge, pour ne pas être en train de faire une erreur, et je me sens perdu.

En te regardant, je pense que tu m’aimes et je vais mal.

J’ai mal au ventre, j’ai trop fumé, mon verre est trop vide, péniblement vide, mais je n’ose pas en reprendre un, parce que ça voudrait dire que ce moment a vocation à s’éterniser, et il dure depuis trop longtemps déjà. Ca ne fait pas vingt minutes que nous sommes là. J’ai mal à la gorge. Je ne t’ai toujours pas regardée vraiment, je crois, et je n’ai pas enlevé mes lunettes noires. Je crois que je me sens coupable.

- Tu m’as trompée ?, tu demandes.

- Non, je réponds, calme, parce que cette fois je suis sûr de moi.

Dans la rue, tout le monde se fout du mélodrame de cinéma français que nous jouons et ça me rassure. J’ai envie de disparaître. De renverser la table, de partir d’ici, de te laisser, toi et l’échec que tu me renvoies. Mes entrailles sont tordues et j’ai envie de gerber.

- Regarde-moi, tu reprends. Tu m’as trompée ?

J’enlève mes lunettes, et je les garde à la main, pour pouvoir les remettre d’un geste juste après, et je te regarde.

- Non, je ne t’ai pas trompée, je dis en appuyant chaque mot.

Il me faut faire un effort insensé pour y arriver, parce que je voulais à tout prix éviter ça, les questions, les remises en cause, les reproches, le doute.

- Tu regrettes ?

- Non, je ne regrette pas. C’était bien, j’étais bien avec toi, même si je sais que ce n’est plus vrai, je pense. Je ne regrette rien, au contraire.

Maintenant que c’est foutu et qu’il n’y a plus rien à dire, tu essaies de faire la conversation, et j’ai mal au ventre, vraiment j’en crève, et je ne dis pas grand-chose à part oui et non. Je me demande si tu sais, pour la fille, hier. Je me demande si tu considèrerais que je t’ai trompée, et je me sens mal. Je me demande si tu as pleuré. J’ai mal au ventre et je suis pâle et tu le vois, parce que comment pourrais-tu ne pas le voir ? Tu me demandes, tu vas bien ? Je dis que oui, mais tu insistes, après un silence. Tu recommences, vraiment, t’as pas l’air bien, t’es pas obligé de rester tu sais. Ca va, je répète en essayant d’avoir l’air mieux. Ta façon de t’inquiéter pour moi m’oppresse encore plus, parce que je préfèrerais que tu hurles et que tu chiales et que tu tapes des poings sur la table et sur moi, parce que je vois que tu prends sur toi pour ne pas me montrer que tu en chies, sûrement plus que moi. J’ai honte d’encaisser si mal et ça n’arrange rien, et ça m’oppresse encore plus, parce que je vois que ton intérêt pour mon malaise est sincère et que tu as peur et culpabilises d’en être la cause et que tu regrettes d’avoir organisé le rendez-vous. Mais je ne dis rien, et nous nous taisons tous les deux et je suis toujours mal, j’ai envie de m’allonger et de ne plus te voir et que tu ne me voies plus, de disparaître d’ici. Finalement je dis, je crois qu’il vaudrait mieux que je rentre, après un long silence, et je paye nos verres. Tu dis okay, je t’accompagne, parce que tu dois vraiment avoir peur que je fasse un malaise, et ce n’est pas à exclure. Tu me dis que tu veux te mettre à l’argentique et je me demande d’où ça sort, et ça m’énerve car on dirait une nouvelle lubie pour être cool. Ca m’énerve parce que d’un coup je suis sûr ou presque que ce n’était pas une erreur et je te hais presque d’avoir brisé cette incertitude qui me rendait malade, qui me faisait me sentir tellement vivant, tellement entier, un esprit dans un corps, malades, mais quelle importance ? Nous ne marchons jamais côte à côte, toi devant, moi derrière ou l’inverse, et quand nous croisons des amis à toi, je me tiens en retrait en espérant que tu en finisses vite, et je déteste ta façon de faire semblant que tout va bien et d’avoir l’air enjoué. J’aimerais que tu ailles aussi mal que moi, ça me rassurerait, ça me ferait du bien, je crois. Arrivé près de chez moi, je te dis simplement que ça ira, que je vais pouvoir rentrer seul. Je ne t’embrasse pas. Je tourne simplement les talons. J’achète une bouteille de vin à l’épicerie, et un autre paquet de cigarettes au tabac.
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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 9:42

fragment 4

Anne je me souviens très bien de toi. C'était ma dernière soirée à La Chaum' de l'été. On était vers le 25 août. J'avais rempli mon contrat ce soir-là. J'avais serré deux inconnues, j'avais squatté le dance-floor avec mes potes pendant une bonne partie de la nuit. Je me tirais comblé de cette dernière soirée estivale. Pourtant, tu m'as donné plus.

On se dirigeait vers la voiture avec deux amis, quand t'es arrivée en courant avec une pote. T'as demandé à mon pote qui conduisait, s'il pouvait vous ramener chez vous elle et toi. Mon pote étant aussi grand prince qu'intéressé, a accepté. Vous habitiez à Pleurtuit, et putain ça faisait un sacré détour avant de rentrer chez nous. Mais ça me faisait pas chier, parce que je me suis rapidement retrouvé assis à côté de toi sur la banquette arrière. Il a suffit de quelques minutes et de quatre mots échangés pour qu'on s'embrasse en silence et que je commence à caresser tes cuisses.

Le soleil se levait sur la campagne bretonne et j'avais l'impression de me réveiller. La voiture s'est garée, et on est entrés dans ton jardin puis dans ta baraque. Tu nous disais de fermer nos gueules parce que ta grand-mère dormait. Un de mes potes était resté dans la caisse pour dormir, les comptes étaient rapidement faits : on était deux mecs et deux meufs, on était deux couples. Anne je t'ai pris la main dans l'escalier. Je t'ai dit "Azi fais pas ta mijaurée montre-moi ta chambre", tu m'as dit "Chuuuut !" en me suivant à l'étage. Les deux autres sont restés en bas et c'était parfait ainsi.

Dans ta chambre les rideaux étaient fermés à l'arrache et les volets ouverts, on se retrouvait dans une pénombre bleuie par la couleur des murs et qui pâlissait petit à petit. C'est là sur ton lit défait qu'on a fait l'amour, la porte de ta chambre à moitié ouverte, à quelques pas de la chambre de ta grand-mère. C'était excitant, j'étais encore ivre et j'en n'avais rien à foutre que ta grand-mère se réveille et découvre sa petite-fille en train de coucher avec un inconnu. C'était pas de la méchanceté, mais plutôt de la liberté.

Quand on est redescendus on a vu personne. On est sortis dans le jardin couvert de rosée, et on en a fait le tour. Derrière la haie j'apercevais d'anciennes fermes, des potagers dont je n'arrivais pas à savoir s'ils étaient à l'abandon ou non, et surtout, tout au bout, ce ciel qui s'ouvrait, naissait de lui-même. Et j'en avais presque les larmes aux yeux d'être baigné dans tant de pureté. On s'est assis sur une balancelle dans un coin, t'as allumé une cigarette. T'étais complètement nue sous un t-shirt qui t'arrivait à peine au dessous des fesses. Je t'ai posé des questions brutales, larges, comme pour creuser en toi afin de t'avoir sondée le plus vite et le plus entièrement possible. Je voulais tout savoir de toi, tout de suite.

Les deux autres qui avaient émergé se sont ramenés. T'as discrètement croisé tes jambes. On a parlé tous les quatre de trucs à la con, et j'écoutais même pas, je me laissais aller dans l'atmosphère souple et confortable ; et ça m'excitait de te savoir nue sous ton grand t-shirt alors que les deux autres n'avaient rien grillé. Avant de se quitter on s'est dit qu'on se reverrait à Paris après les vacances, mais on l'a jamais fait. On n'en avait pas besoin. On avait tous les deux fini un été démentiel par une soirée et une matinée irréelles. Ça suffisait largement.
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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 9:44

fragment 5

"C'est marrant que tu parles de Collioure. J'en ai vu des photos sur ton blog. J'y suis allé quand j'étais petit. Tout petit, genre j'avais six ans, maximum. Ma dernière petite soeur était pas née, ça je m'en souviens. Mes darons avaient loué un appart' et on était descendus en voiture. C'est vraiment marrant de repenser à ces trucs-là. Je jouais aux G.I. Joe tout seul dans la chambre des parents pendant que ma petite soeur matait la télé. Cet été y avait un dauphin qui allait et venait dans la baie, il s'appelait Dolphy. Les journaux du coin en parlaient tous les matins. Le soir, je me souviens, des enfants un peu plus grands que moi, rentraient dans l'eau, se rapprochaient du dauphin, et allaient parfois jusqu'à nager avec. Mon père s'agaçait, il disait qu'il fallait le laisser tranquille. Je voulais juste faire comme eux moi. Un dauphin, je savais limite pas que ça existait en vrai avant d'avoir vu celui-là. Ou bien pas en liberté. Un soir en se baladant sur une espèce de promenade, ma petite soeur à pied ou en vélo, était tombée, assez vénère. Elle avait je crois terminé à l'hosto. Je me souviens aussi qu'on laissait sécher le linge et les serviettes de plage à une fenêtre, et qu'une nuit, des gens les ont volés. C'était les vacances quoi, il se passe toujours plein de trucs en vacances. Un jour on est allés voir mon oncle, en vacances à Port-Barcarès. Un jour on est allés à Aquacity. J'étais fou de cet endroit. Un parc aquatique quoi. Le paradis. Vraiment, le paradis. Je veux dire que je pourrais vivre dans un parc aquatique. Quand on est rentrés à Paris ça m'avait tellement marqué que je voulais absolument refaire un parc aquatique. Mon père nous a parlé d'Aquaboulevard. On y est allé, c'était nul. Il faisait froid, c'était plus petit, c'était en pleine ville. Pendant les vacances à Collioure, un jour on est allés voir ma grand-mère, à Argelès. Je cite comme ça ce que j'ai fait pendant ces vacances parce que c'est tellement loin pour moi, cet endroit. Le sud, pas la Côte d'Azur, mais le Languedoc-Roussillon, les Pyrénées orientales. J'y suis jamais retourné, encore moins après le divorce de mes parents, c'est clair. Et ça me manque souvent cette réalité, la seule, cette sorte de réalité française que j'ai trouvé dans le sud. Réalité des parasols de plage, des glacières, des sandwichs dans du papier allu ou du sopalin, les reubeus au parc aquatique, les jeux en fin d'aprem à la télévision, les sandales, les serviettes de plage Mickey, la crème solaire, et le soleil gras, la chaleur. Ça me manque mais j'aurais pas besoin d'y retourner si je le pouvais. Cette réalité est là quelque part en moi, pas besoin de toujours revenir sur ses pas pour se ressourcer, ce souvenir de l'été de mes six ans est un peu comme Dolphy, il va et vient dans ma mémoire, et reste assez vivace pour que jamais je l'oublie."
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RJ Palladio

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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 9:45

fragment 6

C’est Simon qui avait ramené cette meuf, et dès le début y’avait un truc qui clochait. Simon était toujours propre sur lui, sa petite mèche bien rabattue, hyper banlieue Ouest lyonnaise. La meuf avec lui avait une sale gueule, et semblait absolument vouloir avoir l’air hyper chaudasse, hyper bonnasse. Le moins qu’on puisse dire c’est que c’était un bel échec. Elle portait un vieux t-shirt détendu avec des grosses rayures blanches et bleu passé qui devait venir de chez H&M, qu’elle avait fait glisser sous son épaule du côté gauche, pour laisser dépasser la bretelle d’un soutien-gorge de mauvaise qualité. Je me suis fait la réflexion qu’elle aurait mieux fait d’aller acheter une marinière chez St James. Elle avait une sale gueule, et c’est pas son cul qui allait rattraper les dégâts.

Il m’en avait vaguement parlé, « mec, elle est dingue, elle a vraiment pas de limites, c’est une vraie salope », il avait dit, mais à la regarder assise dans un coin à boire du mauvais rosé comme du Château Margaux j’ai senti comme un souci. Elle puait l’insécurité à l’autre bout de la pièce. J’étais un peu saoul et je me suis assis à côté d’elle.

T’es une pote de Simon, j’ai dit, et elle a fait ouais de la tête, genre qu’est ce que ça peut te foutre. J’ai dit, t’as pas l’air hyper à l’aise, tu veux que je te présente ou quoi. « Nan mec, j’en ai rien à branler de ces gens, qui me regardent et qui me jugent, comme s’ils allaient me donner envie de changer, j’leur pisse au cul, ils peuvent pas me détruire. » Qu’est ce que tu fous là alors ? J’suis pas comme toi, ou Simon, qui sortent pour survivre, ou parce qu’ils ont pas d’autres issue, qui espèrent que les choses s’amélioreront, nan je sors parce que ça me fait tripper de voir des sales gueules de petits bourgeois qui picolent en se croyant le centre du monde et qui pensent qu’il y a pas d’électricité au Maroc, qu’il y a pas d’alcool qui circule, pas de génération perdue, pas de toutes ces conneries. Ouais, enfin, j’ai dit, ça fait un bout de temps qu’on est passée de la perdue à la X puis à la Y, hein. Si on te file tant la gerbe que ça, casse-toi. « Nan, vous me faites marrer, JE ME FOUS DE VOTRE GUEULE, JE SUIS EN TRAIN DE ME FOUTRE DE VOTRE GUEULE, JE VOUS EMMERDE. J’ai ricané hyper bêtement, et je lui ai dit qu’elle allait en avoir, des emmerdes. Elle m’a regardé par-dessus ses lunettes, avec un vague air de défi et j’ai soufflé par avance, avant qu’elle dise : ça me fait triper, si ce soir on me fout un revolver sur la tempe et on me demande de stopper tout ce bullshit, j’cherchrai pas à rétorquer, et je me barrerai à NY. C’est ça qui me tient en vie, pas vos conneries, les routes et le cinéma. Elle est devenue mélodramatique : tout le reste n’est que putain de décoration, moi je suis de ceux qui font comme, qui font semblant, c’est dégueulasse mais je le fais quand même parce que je m’en branle de cette vie, des cinquantaines de gens que je vois en soirée, je m’en branle de comment ils me regardent, de ce qu’ils pensent ou de si ils me trouvent conne. J’arrêterai de faire semblant le jour où il y aura quelqu’un qui voudra de mon scénar.

J’ai dit, l’air subitement intéressé, ah ouais, t’écris un scénar ? Ca m’intéresse putain.

Ouais, elle a répondu, et je sais pas pourquoi elle m’en a parlé parce que ça devait être assez évident que je la méprisais, mais en même temps, je voulais vraiment savoir à quoi son cerveau apparemment tordu avait donné naissance.

C’est l’histoire de cette fille, elle vit à Alger pendant la guerre d’indépendance, et puis ses parents sont des harkis, et un jour après la libération parce que la France a pas voulu les aider, tu vois, ils ont dû rester en Algérie sauf que les arabes leurs sont tombés sur la gueule. Donc là ils débarquent, ils tambourinent à la porte, c’est la première scène du film, et les moudjahidines violent sa mère dans la chambre, elle elle est cachée dans une double cloison dans l’armoire, elle voit tout et elle entend sa mère hurler et son père supplier puis ils sont tous les deux tués et elle a le temps d’apercevoir le chef de la bande avec son bandeau sur l’œil et d’entendre son nom et elle promet qu’elle se vengera. Elle va rencontrer trois adolescents avec des histoires similaires, un qui a été abusé par le même chef, un autre dont les parents et la sœur ont été égorgés devant lui mais qui a été laissé libre et puis un dernier qui est un gamin des rues orphelins qui a eu maille à partir avec le borgne, et ils vont s’associer, faire une sorte de pacte du diable et tracer des pentacles parce qu’ils sont satanistes mais au final en fait ils vont être piégés par le borgne qui va leur avouer que c’est lui leur père et il va les torturer à la mode SM dans une scène finale qui va exprimer tout le pessimisme de la vie, tu vois ?

J’ai rigolé à ce moment-là, j’ai pas pu m’en empêcher. J’ai dit, hahaha sérieux, tu trouves que ça tient debout, tu penses vraiment que ça va intéresser quelqu’un ?

Elle a dit, tu te fous de ma gueule, mais t’as pas compris que c’est l’histoire de ma vie, tu connais pas ma vie, tu sais pas par quoi je suis passé, putain, la rage, la colère… j’ai tout jeté mec, j’en suis plus là. J’aurais pu tuer des gens, me tirer une balle dans la tête parce que je comprends pas qu’on est juste là pour jouer un jeu, putain tout ça ça a du sens, tout a du sens, y’a des putains de messages dans tout ce que je fais. Moi j’veux pas lâcher, j’ai vu trop de gens lâcher, mon oncle, ma voisine, j’suis sa seule amie, mais j’suis pas le Messie, j’fais ce que je peux pour aider les gens, mais j’lâcherai pas, j’suis la force irrévocable dont parle Oscar Wilde dans ses bouquins. On peut essayer de déverser son mal-être sur moi pour essayer de me foutre à terre, mais personne me détruit, plus aujourd’hui, surtout pas tous ces frustrés. J’suis la force irrévocable.

Ok, donc t’es une ado merdeuse en rébellion contre tout le monde, qui rêve de voir NY et de faire un road trip en Thunderbird sur la Route 66 en écoutant Dylan je parie. Ouais, c’est original…

Nan mais tu te prends pour qui, genre t’as vu le monde, genre t’y connais quelque chose, je suis une énième ado merdeuse qui rêve de faire un road trip en the... tun...thundor... thunderbu... thanderburd... ah, zut. Ramène moi une seule meuf de dix-sept ans qui a envie de faire un road trip en Thunderbird, non wait, commence par m'en ramener une qui sait prononcer le nom correctement, je l'épouse ce soir.

J’ai été pris de fou rire et j’ai allumé une clope.

Tu te fous de ma gueule elle a demandé ?

Comment j’pourrais faire autrement ? T’es vraiment con hein.

T’as oublié ce que je t’ai dit ? Je me fous de votre gueule. Je peux pas te laisser penser que je suis vraiment con, et quand bien même tu le penses vraiment au fond de toi, je peux pas te laisser penser ça. Se foutre de la gueule de connards prétentieux c’est ma spécialité. Ils croient que je suis naïve, niaise, sensible et qu’eux ils ont une intelligence hors normes, qu’ils causent de la vie, rois du monde, rois qui me bouffent le cul, ils sont juste capables de name dropper comme des connards, des putains d’hipsters nombrilistes instables. Comme tous les gens ici, you mean shit to me, y’a que Simon à sauver j’sais pas c’qu’il fout avec vous putain. Toi, t’es le pire, t’es qu’un enculé de prêcheur, un bad boy à la mords-moi-le pif qui se croit dans un bouquin d’Ellis, mec, ta vie sort pas du manuel de Vegas, va torcher le cul d’une meuf bonne. T’es juste un autre mec qui s’intéresse à moi, qui me permet de me faire connaître, moi j’m’en branle qu’on me déteste, qu’on m’aime, enfin non, ça me fait jouir, quand mon film sortira tu seras juste un connard à jubiler sur mes dialogues à qui j’pomperai tout le pognon. Va te faire foutre sérieux.
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RJ Palladio

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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 9:46

fragment 7

Le feu passe au vert et je démarre. Hannah allume deux cigarettes, et je la regarde faire dans le rétroviseur. Elle en glisse une entre mes lèvres pendant que je fixe la route qui disparait dans le soleil plus loin, liquéfiée ou réduite en poussière par la lumière, je n’arrive pas à le dire. Je ne me rappelle plus.

C’est l’été comme jamais et l’habitacle de mon Austin est lentement rafraîchi par le vent qui passe par le toit ouvrant et les fenêtres baissées. Je la raccompagne chez elle, en passant par ces banlieues bouffées par les magasins en tôle qui défilent comme dans Zabriskie Point.

Nous nous sommes vus pour prendre un verre sur les berges, dans la ville éclaboussée de chaleur. Il était 15h et les immeubles haussmanniens avec leurs intérieurs bourgeois étaient repliés sur eux-mêmes pour conserver un peu de moiteur, pour se protéger de l’éclat du mois d’août qui rebondissait de trottoirs en façades. Les rues étaient vides et blanchies par le soleil, et le café délaissé, rien qu’une tablée de vieux bruyants attaqués au pastis et quelques pétasses blondes, faussement bronzées, typiques du quartier, avec un clébard dégueulasse, qui courraient de tables en tables en jappant.

Je connais un peu Hannah, comme on connaît quelqu’un que l’on n’a pas trop fréquenté au lycée mais avec qui on se retrouve à discuter parce qu’on a finalement plus de choses en commun qu’on ne le pensait quand on se regardait de loin, à l’époque où il y avait encore un coin fumeur dans la cour en gore, entre les marronniers et la palissade en métal peinte en vert. On peut appeler ça l’estime ou comme on veut, j’ai un peu de mal avec les concepts des relations sociales, mais toujours est-il qu’on se voit peu mais qu’on s’apprécie, que dans une certaine mesure ça nous fait du bien.

Nous parlons cinéma, de comment l’Avventura m’a rappelé la Grèce et les sorties en voilier etc., et puis de pas mal d’autres choses, et elle finit par me dire :

- T’es plus aimable en vrai que sur internet, tu sais.

Je ris doucement. Je jette ma cigarette par la fenêtre, m’arrête sur le bas-côté. J’en rallume une, je lui tends le paquet, qu’elle prend et jette là où se trouvait la boîte à gants.

- Ouais. Non, je sais pas - je fais des pauses entre chaque phrase. Je peux être hyper connard en vrai aussi, je l’ai été un paquet de temps même. J’suis pas non plus hyper love maintenant, mais ça dépend quoi. C’est un peu comme les deux faces d’une même pièce, tu vois ? Je sais pas trop comment expliquer, je suis comme ça et je suis pas comme ça. Sur internet, raconter quelque chose de plaisant, d’agréable a peu d’intérêt sur tous les plans, c’est juste bien et basta. Je prends une voix théâtrale pour dire : «Et puis surtout, connais-toi toi-même, c’est ça le vrai but de mon blog »

Elle rit et elle dit qu’elle voit ce que je veux dire.

- Mais je suis las, un peu.

- Comment ça ?

- Ca m’ennuie d’être un merdeux tout le temps, qu’on s’attende à ce que je sois forcément un connard. Personnellement j’ai toujours cru que les gens pouvaient lire le subtext, la théorie de l’iceberg tout ça, que finalement le présupposé est le contraire de ce qu’un texte exprime, et que la complexité d’un caractère est rendue que parce qu’on sait que ce qui est écrit n’est pas la seule chose qu’un truc veut dire. Mais je suppose que les connaissances en psycho sont pas également réparties, je suppose que les gens sont cons, ils voient ce qu’ils veulent voir et après ils te blâment pour ça. Là, tu vois, je suis bien et j’ai pas de mauvaises pensées ni rien, j’ai pas l’impression d’être celui qu’on croît ou qu’on attend que je sois, j’ai pas l’impression que t’attendes un truc de moi en particulier. C’est cool.

- Ouais, clairement, la plupart des gens sont assez superficiels hein. Mais, aussi, tu crois pas que tu décides d’être désagréable, ou que tu vas te faire chier et que les gens seront cons, ou que tu choisis d’être aimable ?

- Si, sûrement. Ouais, si, bien sûr que je choisis. Je me sens mieux quand je suis pas un enfoiré, ça me fait du bien. (« It’s sort of what we have instead of God », je pense) Mais bon, aussi, sur le moment j’adore être une pute. Si quelqu’un veut voir un truc je lui donne, après qu’il vienne pas se plaindre, tu vois. Je sais pas, c’est une histoire d’équilibre. Les histoires de protection, tout ce bordel. Ca nous avance pas plus quoi.

Je redémarre et nous faisons comme si je n’avais rien dit et je crois que c’est mieux ainsi.

Je la dépose devant chez elle, je lui souris et n’essaye pas de l’embrasser ni rien, je fais simplement un signe de la main après avoir claqué sa portière. En repartant, évitant les reflets du soleil avec mes lunettes noires, je réalise que je suis bien moins malheureux que j’essaye de me le faire croire.

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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 9:48

fragment 8

C'était le matin. Tout le monde dormait encore, ils avaient bu beaucoup plus que nous. Sur cette plage inconnue le vent était fou, délirant. Il faisait ce qu'il voulait, c'était ce genre de vent qui prenait toute la place, qui se la donnait sans pudeur dans ce coin de la France plat depuis des siècles. Je crois que c'est le vent qui soufflait trop fort et qui nous a volé notre densité, à tous les deux. Il s'est mis à pleuvoir faiblement, tu t'es couverte avec ton écharpe et j'ai mis ma capuche. On s'est abrités derrière un bunker échoué là sur le sable. T'étais tout près de moi vraiment. Et là je n'ai absolument rien fait, alors qu'il aurait fallu que je t'embrasse. Je le sais bien, je comprends maintenant que sur le moment tu voulais que je t'embrasse. Je l'ai pas fait, je crois que j'avais peur, je crois que j'avais la flemme. La flemme parce que si je t'embrassais ce jour-là, ouais c'était tellement parfait que t'allais croire plein de choses. J'aurais dû te revoir deux ou trois jours plus tard une fois rentrés à Lille, j'aurais dû me coltiner les cafés à deux avec toi, les coups de téléphone le soir en rentrant des cours. Et je te sentais trop fébrile, pas assez forte, je sentais bien que j'aurais fini par te faire du mal. Du mal que tu mérites pas tu vois parce que t'es une fille géniale, vraiment. T'es drôle, t'es jolie, élégante, élancée, t'es moins conne qu'à peu près toutes les filles que je connais mais justement, notre histoire aurait été trop chargée, trop importante, trop sérieuse. Et j'aurais pas eu la force à la longue, de la porter pour nous deux. Alors ce jour-là je t'ai pas embrassée et on est rentrés retrouver les autres. Ils s'en foutaient, ils savaient rien, y avait du coup pas grand chose à savoir. Quelques mois plus tard après t'avoir croisée par hasard boulevard de la Liberté, je t'ai envoyé un texto. Je te disais que t'étais la fille qui me fallait. J'étais sincère, je le pensais vraiment, je veux dire je ne mentais à personne, ni à toi ni à moi. Pendant ces quelques années t'as pas arrêté de paraître, partir, puis resurgir dans ma vie. Ouais, tu revenais tous les trois ou quatre mois et à chaque fois je repensais à toi et je me disais, okay, qu'est-ce que je peux faire avec elle ? Je pouvais tout faire, et j'ai rien fait du tout. T'as répondu à mon texto, tu m'as demandé si je me foutais de toi et je t'ai dit que non, alors tu m'as dit qu'on se verrait la semaine prochaine quand je rentrerai à Paris. Je suis rentré à Paris, je t'ai jamais appelée. Si je l'avais fait on aurait pris un verre, on aurait peut-être fini par sortir ensemble. Au lieu de ça je te parle dans le vide et je sais même pas dans quelle ville t'es aujourd'hui. Voilà, t'es la fille qui depuis que je te connais, me renvoie périodiquement et sans le vouloir, à mes propres faiblesses. Notre histoire pourrait s'appeler "Chronique d'un échec endurant", un échec dont j'endosse les yeux baissés toute la responsabilité.
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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 9:49

fragment 9

Même au bord de la piscine il fait trop chaud. Même derrière des lunettes noires il fait trop jour. Même en roulant trop vite les vitres ouvertes il fait trop lourd. Trop de mercure, trop de soleil, pas assez de vent. Depuis deux heures nous ne faisons rien d’autre que d’aller du frigo au cendrier à la flotte au transat, les gueules bouffées par la lumière. Personnellement je ne fais que me tremper dans la piscine qui brille au soleil. Damien qui y passe son temps dit qu’elle est bonne, qu’elle est belle, mais elle est plus belle vue de là où je suis.

Je serais mieux en Australie. Même pendant leur été à eux, si on me proposait je signerais tout de suite. J’irai à Cairns et ça sera le paradis. Je me baladerai dans la rain forest ou je me baignerai près de la great barreer reef, même si je sais pas respirer avec un tuba, ou j’irai juste sur les plages paradisiaques, ou en fait je passerai mes journées à rien foutre dans ma chambre, à mater Nickelodeon en fumant des clopes. Vers 5pm je rentrerai au motel, hyper motel, et y’aura les pluies tropicales, quand la lourdeur du ciel se liquéfiera avec une régularité effrayante, tous les jours à la même heure, pour nous tomber sur la gueule, et arrêter de peser, et puis j’irai me baigner dans la piscine en forme de haricot dans laquelle une amphore pissera en permanence, sous les trombes d’eau qui battront les toits et l’herbe flamboyante, avec parfois un coup de tonnerre, et tout gorgé de flotte qui ruissellera, et je serai bien, je serai mieux.

Mais là je vide une dernière bière et écrase une cigarette pour me tremper une dernière fois. J’enfile un short, une chemise liberty et une paire de docksides. Nous nous barrons à une garden party un peu floue, sûrement un peu naze, mais on s’en branle vu que nous avons à boire et que je ne sais pas qui doit nous faire rentrer, ça nous évite de réfléchir. J’ai vraiment envie de me casser avant même qu’on débarque. Ce qui tombe bien c’est que je conduis. Ce qui tombe mal c’est que j’ai juste envie de picoler. Je connais l’endroit, j’y suis venu plusieurs fois, une grande maison dont on utilise le rez-de-chaussée sans meubles, louée pour des soirées ou des rallyes. La première fois c’était cool, ça faisait bourgeois, et puis ça a fini par faire simplement nouveau riche qui veut en imposer, même si ça avait effectivement un côté pratique. C’est surtout qu’avec un mauvais deejay tout devient terrible. Je tourne dans les pièces en buvant mon jack rempli à la bouteille cachée dans le jardin, en attendant qu’un truc se passe, comme j’attends le Messie sur le chat facebook.

Mais y’a Laura, et quand la pièce qui sert de fumoir se vide, elle se retrouve par un ballet assez habituel entre le mur et moi et quand je l’embrasse, ou entre deux baisers, ou avant, elle me demande, tu te rappelles que la première fois qu’on s’est parlés c’était grâce à Gang of Four ? Bien sûr, je dis, et elle commence à chanter, your kiss so sweet, your sweat so sour, sometimes I’m thinking that I love you, but I know it’s only lust, et je chantonne avec elle, on murmure et on se bouffe les lèvres, et c’est vraiment bien, c’est vraiment irréel et j’ai vraiment envie de me rappeler ce moment, d’en faire un souvenir, de pouvoir l’invoquer plus tard avec un sourire niais, et puis finalement je me barre sans trop savoir pourquoi, vu que j’adore, sans pouvoir l’expliquer, son cul plat, ses cheveux courts, ses grands yeux noirs etcetera.
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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 9:54

fragment 10

Si tu veux, l’intro du Top 10 de Dim était pas fausse, mais elle était trop réductrice. Ouais, au fond, il s’agissait bien de filer les clés de notre âme/cœur/caleçon à n’importe qui, de manière paroxystiquement rationnalisée, intellectualisée, mais c’était pas vraiment nouveau ici, je veux dire qu’on le fait un peu constamment depuis un an. Ouais, parfois je me la raconte un peu et j’en rajoute avec deux trois saloperies un peu vulgaires, mais ça en reste pas moins moi. Mes textes, c’est de la réalité et de la fiction et je vois même pas pourquoi y’aurait un intérêt à se poser une telle question, puisque la réponse sera invariablement que c’est moi.

Tu vois là, j’ai plusieurs options. Je pourrais te parler de comment j’avais passé la soirée à être un merdeux ultime, à essayer de choper deux trois meufs maquées alors que j’avais ignorées celles qui avaient lancé une ouverture tout en volant des verres à leurs mecs ou sur les tables des clients qui me regardaient faire, puis comment je me suis fait virer à 2h et 4g parce qu’ils s’étaient plaints et comment j’ai pris une amende pour avoir uriné en public. J’aurais mis deux trois « putain », un ou deux « chattes » et une occurrence du mot « éjaculation » comme synonyme d’amour, parlé de la douceur âcre d’une cigarette dans la neige, de combien elle est agréable et de celles que j’ai données en refusant l’argent qu’on me proposait, de m’être endormi sur les chiottes et puis aussi des étoiles et des bises que j’ai faites à toute la population du club, de mon sommeil sans rêve et de ma nuit sans souvenirs.

Je pourrais aussi te raconter comment j’ai oublié les cinq filles à six milles bornes de moi que j’aime et dont je méprise une partie tout à la fois, parce qu’elles sont jolies en .jpg et ne me disent rien sur ce qu’elles pensent de moi et que la paranoïa m’excite, parce qu’elle utilise trop photobooth et que c’est ridicule, ou alors qu’elle est juste trop conne, trop naïve, pas assez cynique, ou qu’elle est simplement parfaite et que je ne veux pas me torturer, et puis que c’est parfois le moyen le plus simple de me venger de l’effet qu’elle me fait et puis celle à qui je ne trouve rien à reprocher. Je pourrais t’expliquer que j’étais saoul de bourbon au point d’avoir une remontée gastrique en essayant d’avaler un dernier verre stupidement arrosé de Pepsi cinq minutes avant de jeter théâtralement une putain de clope entamée afin de sauter dans un taxi-chatte sans trop me soucier d’où il m’emmenait, que je pensais encore que je ne comprenais pas qu’on puisse éjaculer Houellebecq puisque tout ce qu’il racontait était d’un convenu et d’un déjà-vu beaucoup trop triste et que son style me donnait envie de mourir, et puis comment finalement la main de ma voisine de taxi, une meuf de ma promo que je connaissais un peu sans trop la connaître et ne m’attendais pas à voir ici, avec qui je m’entendais assez bien, bien qu’elle n’ait jamais cédé à mes avances ivres (elle avait proposé que l’on se revoit plus tard), et qui ressemblait un peu à une meuf que j’avais dû vouloir pécho ou que j’avais effectivement pécho, et donc sa main était tombée sur la mienne sans que je la cherche et je l’avais serrée et caressé ses doigts et sa paume sans rien prendre ni espérer d’autre que ça, pendant cinq minutes, rien que ça, presque heureux ou quelque chose du genre, sans prendre conscience d’à quel point il était triste d’en être à ce point de désespoir où une étreinte tactile accidentelle faisait du bien. Je ne pouvais pas être désespéré puisque j’étais saoul. Mais le fait est que je l’ai peut-être rêvé ou inventé ou que j’étais saoul et que j’ai rien compris et que voilà.
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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 10:47

fragment 11

C’est la chanson que je choisis sur mon iPod dans une soirée médiocre où je dois presque me battre pour changer de disque quand elle arrive. Je ne perds pas pied mais c’est tout comme. Elle discute avec Claire qui joue pleinement son rôle de présidente de bureau étudiant et que je rejoins. Je suis saoul de whisky, Claire me présente, je la détaille. Elle a quelque chose de complètement nonchalant, sûrement l’absence de soutien-gorge notable sous son chemisier blanc, quelque chose de magnétique qui fait oublier ses hanches un peu larges, les traits de son visage sont un peu grossiers, mais sa bouche et ses yeux ont un je ne sais quoi de fascinant. Elle me demande si j’aurais pas une cigarette et je lui en tends une que j’ai du mal à sortir de mon paquet souple. Elle dit qu’elle a arrêté d’acheter des Lucky Strike parce qu’elles sont trop chères, et je lui dis que je préfère payer plus pour quelque chose de bon. Puis nous dérivons sur la littérature pour une raison inconnue et je lui dis qu’il faut qu’elle lise Lolita, que ce qu’il y a de particulier, de récurrent dans la littérature russe est cette façon constante de s’adresser aux lecteurs, et que Nabokov s’est toujours intéressé aux amours illicites, et je ne m’aperçois pas qu’elle s’en fout sûrement, elle dit qu’elle adore Camus, qu’il faut que je lise Le Mythe de Sisyphe, qu’elle aime aussi Cocteau, son théâtre et ses dessins et je dis que je ne connais pas. Pierre arrive et la conversation dérive sur le cinéma, et A bout de souffle, et je dis que je ne l’ai pas vu, et ils s’exclament tous les deux qu’il faut absolument que je le voie et Lou dit qu’elle me le prêtera.

Nous partons pour le République, et Lou doit passer chez elle pour faire je ne sais quoi, et je l’accompagne, toujours saoul et elle veut me prendre en photo et j’accepte même si je n’aime pas ça, et son appartement me plaît, il est sobre et clair avec du parquet doré, des murs blancs et quelques affiches et nous discutons encore de tout et de rien, et je suis vraiment bien, elle est vraiment bien, elle me plaît vraiment, j’aime sa façon de se déplacer, comme si rien n’a d’emprise sur elle, et nous descendons l’escalier, moi devant elle derrière et je me retourne à trois volées de marches du rez-de-chaussée, juste en dessus du hall blanc éclatant avec une frise en stuc à mi-hauteur et je l’embrasse et elle se laisse faire et c’est à la fois doux et violent et chaud et humide et quelque chose que je n’ai pas ressenti depuis longtemps puis nous rejoignons les autres.

Nous les quittons vite, nous parlons de musique et nous nous asseyons sur un canapé fleuri et élimé à l’intérieur et elle connaît la chanson qui passe qui me plaît encore plus quand nous chantons doucement les paroles, puis nous écoutons d’autres morceaux sur mon iPod qui lui plaisent et tout est cotonneux et naturel, sûrement à cause de l’ivresse et d’elle, et je glisse ma main dans son chemisier et je caresse son sein gauche alors qu’elle est à moitié allongée, alanguie, et elle ne dit rien, elle me regarde en souriant doucement, et puis elle me dit qu’elle vient de rompre avec son copain, parce qu’il est parti étudier je ne sais où en Scandinavie, qu’elle l’aimait ou qu’elle l’aime, qu’elle ne s’en est pas encore totalement remise, et je dis que je suis dans une situation un peu similaire, et nous disons tous les deux que nous ne sommes pas encore prêts pour replonger là-dedans. Nous buvons encore un verre, fumons une cigarette dehors et puis nous allons chez Paul, encore, et sur le chemin, au milieu de la place de l’Hôtel de Ville, mon bras sur ses épaules, je glisse encore ma main contre son cœur et nous nous embrassons encore, et je me sens léger, et je ne veux pas croire que c’est l’alcool.
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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 10:54

fragment 12

On avait rendez-vous dans un grand hôtel. Devant ou dedans, je savais même plus. Quand je dis grand, j’entends par là un vrai palace, un autre niveau que l’hôtel Amour et tous les trucs du genre plus hip que chic, non non, un hôtel-château, avec des lustres aux lumières jaunes et pas de fenêtre dans le hall, des chasseurs en livrée partout, de la moquette et des tapis partout dans le lobby, et du cuivre ou du laiton, peu importe, mais des dorures partout, une ambiance capiteuse, entêtante. C’aurait aussi bien pu être la fin de la première moitié du siècle dernier si il y avait pas du wifi à 15 euros par jour pour me rappeler le contraire.

Je l’attendais dans le hall, assis avec une nonchalance étudiée dans une banquette en cuir, et j’ai eu l’intuition de sortir devant l’hôtel, parce qu’il était l’heure passée de cinq minutes. Elle était là et elle m’a regardé complètement hallucinée, et avant même que je lui dise bonjour elle m’a demandé avec une sorte de hoquet médusé si c’était là vraiment là que je dormais.

J’avais proposé cet endroit un peu pour ça. D’abord parce que j’en avais envie, le monde du fric et du luxe m’a toujours fasciné, je voulais en être un peu, et puis je voulais faire illusion, je sentais bien que ce serait pas trop difficile, on allait juste boire un verre et pas demander une chambre à l’heure. Je savais aussi que le fric l’excitait, elle avait pas réfléchi une seconde avant d’accepter d’aller ici. Elle aimait le fric, neuf ou vieux, et ce qui brillait, et l’endroit jouait dans le haut des trois tableaux. L’idée c’était un peu de l’impressionner, de montrer que tout ça me faisait pas peur, et ça me faisait pas peur, en fait, je m’en rendais compte maintenant, et de voir comment elle allait s’en sortir, se comporter, elle qui faisait plus famille de nouveaux riches de droite qu’aristos cathos tradis.

On était allé au bar de la bibliothèque, assez directement, elle a pas trop eu le temps d’admirer les dorures des ascenseurs et des lustres et la mezzanine et elle regardait un peu autour de nous mais comme j’étais déjà venu hier j’étais plutôt normal. Je suis rentré comme si j’étais propriétaire de l’immeuble et elle m’a suivi jusqu’à une table près de l’entrée et elle s’est précipitée sur le canapé parce qu’elle adorait ça, elle a dit, et j’ai pas soupiré. J’ai commandé du vin comme si c’était ce que j’avais toujours voulu, alors que c’était simplement la seule carte sur la table, et j’ai dit que je prendrai un verre de Malbec argentin comme si je m’y connaissais alors que c’était le nom le plus familier de la carte, et elle m’a imité avec plus de difficultés quand elle a dû en choisir un.

Je me tenais assez bien pour pas avoir l’air d’un connard mal éduqué que j’étais pas, mais assez mal pour qu’on voie que j’étais à l’aise, et puis j’avais du fric et j’étais poli, donc ça gênait pas vraiment et les exigences étant « casual wear» ça allait très bien. Je crois qu’elle avait un peu de mal à savoir quelle attitude adopter.

C’était drôle de la voir fondre un peu devant le cadre qui suintait le fric de partout, parce qu’elle devenait un peu féministe depuis qu’elle étudiait les gender studies mais elle était encore à la merci de tout mec avec du cash quoi. Et puis elle était aussi maquée avec un type maqué, elle était pas encore à un paradoxe près.

Franchement c’était une fille plutôt bien. Elle était sympa, elle était pas idiote, elle était plutôt jolie, avec son nez en trompette et ses cheveux bruns coupés courts, juste trop petite, elle devait se tenir aussi loin du mètre soixante-dix que moi de Gwenaëlle Wieners, et puis elle avait pas des jambes de mannequin, sans qu’elles soient repoussantes du tout, et puis un peu trop l’air d’une fille d’école de commerce noyée de superficialité habillée chez Comptoir des Cotonniers, et on discutait assez régulièrement, parce que je voulais savoir ce qu’il y avait derrière cette meuf qu’on traitait de pute sans trop savoir pourquoi, et que ce qu’il y avait en dessous était bien plus complexe que ça, et puis je suppose qu’elle m’appréciait parce que j’étais franc et brutalement honnête quand je lui parlais et que personne le faisait.

On parlait pas mal, c’était pas désagréable, même si on se connaissait pas des masses, qu’on s’était chopé une fois classée sans suite, et ouais, je veux dire que contrairement à d’autres c’était pas non plus la croix et la bannière, c’était pas le genre de meuf qui t’aborde et qui ensuite dit plus rien et te laisse faire la conversation, qui te laisse te torturer pour savoir si 1) elle est inintéressante ou si 2) tu l’intéresses pas (ce qui conduit invariablement à la conclusion n°1), pour savoir ce qu’elle veut, c’était pas ce genre de meuf bonne mais tellement chiante qu’elle te donne envie de mourir plutôt que de tomber amoureux d’elle tellement c’est la traversée du désert d’arriver jusque là. Mais bon en même temps, on parlait pas vraiment la même langue, c’était pas vraiment ma longueur d’onde, je lui ai appris qu’on donnait des tips en Amérique du Nord, et j’ai parlé de trucs que j’avais lu, Franzen récemment, et j’ai développé, et elle a répondu avec Despentes, sans développer, on était pas très compatible, même si elle avait proposé qu’on se voit dans un club de jazz et qu’elle avait aimé Lolita. Mais elle se demandait si ça lui porterait pas préjudice pour faire carrière dans la politique si elle le mettait sur facebook. Elle aimait bien Booba, c'était un bon point à sa ligne de crédit, mais elle kiffait les punchlines quand pour moi c'est de la littérature. On était vraiment pas dans le même monde, dans la même cour, mais ça m’apparaissait pas tellement problématique sur le moment.

Une amie m’a dit que le problème que j’avais dans les relations c’est que je donnais rien mais que je prenais tout ce qu’il y avait à prendre. Elle avait raison. Là je faisais un peu grâce de ma présence à cette fille, je parlais tout seul, je me foutais bien qu’elle comprenne tant qu’elle était impressionnée, tant qu’elle recevait ce que je disais. Je prenais ça mais je lui donnais juste le change, mais pas une chance, elle resterait cette meuf de droite pas tout à fait bonne mais très jolie et un peu inculte qui pouvait pas lutter avec moi dans le domaine intellectuel.

Je la regardais replacer derrière son oreille gauche une mèche brune qui tombait dans ses yeux avec deux doigts, la tête penchée vers son verre, le coude droit sur la table, et à ces moments-là, assez parfaits, si ses yeux rieurs m’avaient proposé d’aller me sucer aux chiottes j’y serais allé sans hésiter rien que sur la promesse que cette mèche adorable saute un millier de fois et qu’elle la replace ad vitam aeternam.

Je sais pas trop pourquoi j’ai commencé à lui faire du pied. C’était complètement con parce que je sais pas faire, je doutais même que ça ait un quelconque effet positif, mais je suppose que ça instaurait un premier contact physique durable clairement volontaire ou un truc du genre, qui explicitait que je voulais la choper, au moins, parce que je savais pas comment lui faire comprendre qu’elle me plaisait parce que je pouvais pas lui dire qu’elle me plaisait parce que c’était pas tout à fait vrai. Je sais pas trop pourquoi je voulais l’embrasser. Pour pas que tout ça soit vain, sûrement pour prendre encore et encore. J’aurais bien aimé qu’on ait plus de trucs en commun, ou au moins qu’elle soit capable de parler d’autre chose que ses colocs stupides ou son tocard de mec sapé comme une affiche de chez Kooples, et ouais, c’était pas de ma faute, clairement. Partant de ça, j’étais quand même pas parti pour me casser le cul à l’impressionner, d’autant plus que ce que je faisais sans me forcer suffisait largement. Les temps passant, tout ça me faisait bien plus chier que tout ce qu’on m’avait dit sur elle, sur ces dimanches matins trop tôt où elle écumait encore le dancefloor en cherchant un type qui la ramasserait, sa tendance à sucer tout ce qui avait l’air d’exercer de l’influence dans un rayon d’un block, tout ça j’en avais limite rien à foutre comparé au fait qu’elle était inintéressante, ou plutôt qu’elle m’intéressait pas, que c’était trop facile, que j’avais rien à faire à part brancher le pilote authentique.

Je l’ai embrassée ensuite, après vingt mille clopes fumées devant la mer, et je sais plus comment ça s’est passé, j’ai dû effleurer sa main et elle a dû la prendre, et j’aimais vraiment pas ça, ça a toujours été le pire pour moi, la manière dont les gens s’accrochent aux autres avec cinq crochets et tout ce que ça implique, la galère pour se séparer, et je veux pas qu’on s’accroche à moi, je veux sauver personne ou quoi, je veux vraiment rien donner, à part la réplique, parce que ma main n’était pas molle pour autant, toutes les pda ou presque m’insupportent, j’ai pas envie de faire semblant d’en avoir besoin, je vivrais tout aussi bien sans sa main dans la mienne tant que c’est n’est pas la bonne, et je sais trop bien que c’est pas la bonne, je voulais juste l’embrasser en la plaquant contre un mur et lui bouffant l’âme, et essayer de savoir si c’était des bas ou pas en caressant ses cuisses, mais elle se laissait pas faire et enlevait sans cesse ma main de ses fesses ou ses jambes.

On est restés ensemble environ trois heures, ce qui prouve que c’était pas le bagne et que ça se passait plutôt bien, mais j’avais vraiment l’impression d’un quiproquo, qu’on était pas au même niveau et que l’un de nous faisait semblant de pas le savoir et de pas être en train de s’abaisser, de jouer un rôle inférieur ou supérieur à ce qu’il était, et j’avais l’impression que c’était moi, et avant qu’elle dise des conneries, je préférais l’embrasser, sans même, encore, lui laisser une chance de prouver que j’avais tort.

Je passais un peu mon temps à me demander ce que je foutais là à partir du moment où je n'avais plus un verre devant moi comme justification. Je savais pas trop si ce qu’il y avait à prendre excédait ce qu’il fallait pas entendre, ce sur quoi il fallait fermer les yeux. J’en étais pas vraiment sûr, et je comprenais pas pourquoi j’enchaînais les jolies connes comme des clopes pas assez fortes. C’était comme de taper des traces sans payer avant de se rendre compte que la came était coupée au laxatif. C’était comme de croire que le sperme et les larmes allaient se transformer en le lait et le miel que les sourires promettaient parfois. C'était une collection de mouchoirs en papier souillés. Je suis parti sans l’embrasser.
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RJ Palladio

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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 10:55

fragment 13

Ca sonne sûrement très stupide comme ça, mais quand elle est entrée dans la pièce, j'ai su comment ça allait se finir, comment l'histoire allait se dérouler. On a discuté tranquillement face à la fenêtre, on surplombait la ville, une ville, et c'était plutôt joli. Je lui ai proposé de lui servir un verre mais elle l'a gentiment décliné, souriant, comme si elle voulait que je lui dise ce que j'avais à lui dire qu'elle puisse enfin s'en aller. Elle portait des fringues banales auxquelles je n'ai pas fait attention tant je m'en foutais et tant ce qui m'intéressait vraiment chez elle se trouvait autre part.

On a ri ensemble à l'une de mes blagues puis elle a demandé si je voulais aller ailleurs et comme ça me branchait bien, j'ai dit oui. On est allés sur le grand balcon et l'embrasser aurait ajouté un peu de perfection au tableau mais ce n'était peut-être pas ce dont j'avais envie. J'ai hésité à faire d'autres blagues, je voulais qu'elle sache que je me sentais bien, comme si j'avais toujours su m'y prendre avec elle. Je lui ai raconté un truc que j'avais vu sur internet parce que ça me donnait, j'en étais persuadé, un air incroyablement détendu. Elle passait constamment sa main dans ses cheveux d'un air inquiet, comme si elle avait peur que l'orage qui approchait ne noie tout ce qu'on avait fait jusque là.

L'orage menaçait clairement et lorsqu'elle a voulu qu'on marche encore je n'ai pas osé refuser parce que ça aurait été montrer que je voulais que quelque chose se passe ailleurs, que je voulais l'emmener quelque part où on aurait pu parler un peu plus tranquillement. Elle le savait certainement, j'étais beaucoup trop sûr de moi pour ne rien cacher. Lorsqu'elle a pris ma main, j'ai commencé à avoir envie d'être ailleurs, il y avait du foot à la télé ce soir-là et on aurait pu passer la soirée à tweeter frénétiquement mais elle en avait décidé autrement (car elle n'aimait pas le foot) et je ne savais même pas comment je pouvais lui en vouloir. Je matais le mur et la façon dont la lumière se réfléchissait sur son visage, ça me plaisait et m'occupait pas mal. J'ai passé quelques minutes à l'écouter parler en l'observant, à décrire son visage dans ma tête, dressant une liste de ce que j'y aimais ou pas (l'une de mes activités favorites), comme si j'étais prêt à acheter ce truc et que je voulais être sûr qu'il me plairait pour le restant de mes jours. J'aimais bien : ses yeux sombres, ses cheveux longs et bruns qui tombaient négligemment en dessous de ses épaules (bien en dessous en fait), son nez d'enfant, sa bouche fine mais affreusement jolie. J'aimais moins : ses lobes d'oreilles, sa façon de froncer les sourcils quand elle s'apercevait que j'avais la tête ailleurs, son sourire lorsqu'il était trop forcé.

Je savais pertinemment que je commençais à nous connaître par coeur, à la connaître un peu. On a commencé à se raconter des histoires, à parler de nos peurs. J'en avais pas vraiment en tête, alors je lui ai raconté une histoire assez triste sur mon passé. Elle s'est contentée de sourire sans en dire beaucoup plus (juste un "ça arrive" très pertinent), contentée de me raconter une histoire qu'on aurait pu croire similaire. Je me suis assis face à l'immensité offerte à nous et elle m'a rejoint. J'ai su que c'était le moment où elle allait essayer de me parler de ce que je faisais de ma vie.

Et ça n'a pas loupé. Elle m'a dit qu'elle trouvait ce que je faisais - écrire des trucs - cool, puis m'a demandé si c'était basé sur des faits réels. C'était une conversation que j'avais eu des dizaines de fois depuis que j'avais commencé, si bien que je ne m'inquiétais pas de ma réponse vu que je la connaissais par coeur : j'ai dit, comme si je récitais une leçon, que peut-être bien que oui, peut-être bien que non, et que de toute manière ça ne regardait certainement que moi. Elle a pas vraiment réagi, j'imagine que c'était simplement une question destinée à combler un blanc dans la conversation (et partant de ce principe, c'était un but très honorable) et qu'elle se foutait de ce que j'allais répondre. Parce que c'était ça, pour moi : les gens que je connais me posent cette question pour faire comme s'ils s'inquiétaient vraiment de ce que je raconte, alors qu'au fond ça les emmerde très certainement. C'était qu'une fois parmi d'autres. Elle a dit que c'était "bien". Rien de plus.

Quand on est enfin rentrés parce que la pluie commençait à tomber lentement mais sûrement, je me suis servi un verre - peu importe si elle pensait que je ne tenais pas mes promesses. J'ai vite réfléchi à ce qu'on avait fait jusque là et ça me semblait beau d'en être là, à ce moment-ci de la soirée où on n'avait certainement plus rien à se dire, plus aucun mal à se faire, à ce moment où on regardait tout s'effriter pour nous. Les lumières s'allumant lentement devant nous, j'ai réalisé en frottant une allumette pour l'éteindre aussitôt que j'étais quelque chose comme le mec le plus génial qu'elle allait rencontrer dans sa vie, en toute sincérité et modestie. Que si je n'étais pas fait pour elle, personne ne l'était, bien qu'on soit encore si jeunes.
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MessageSujet: Re: Idées & fragments   Mar 22 Fév - 10:56

fragment 14

Je revois l’été en regardant dans mon verre. Saouls dans l’avion à coups de porto et de whisky, le cagnard brûlant, partout, les nuits en caleçon sur la terrasse en pierre à regarder les étoiles en buvant doucement de la bière ou du vin blanc ou rouge, le sable et les mégots enfoncés dedans, les peaux brunies en maillot de bain, les barbecues dans le jardin à l’herbe jaunie, brûlée comme nous, les maisons blanches et bleues sur le ciel uniforme et les églises orthodoxes qui sentent l’encens, les journées à la plage à nager jusqu’à la bouée et à lire, une paire d’enceinte sur une serviette, le feu d’artifice sur la marina, les cocktails et les bières et le whisky et la glace que nous achetons par sacs pour nous rafraîchir le soir et les sorties en voilier à plonger dans l’eau turquoise et chaude depuis la proue ou la poupe sous le cagnard encore et les jambes agitées pour faire du surplace dans la mer avec le fracas doux de l’eau contre les rochers, avec le vin blanc le midi et le souffle des vagues et les criques avec des rochers couleur sable et l’eau transparente et les bancs de sable, les lunettes de soleil inamovibles et Stereo Love à pleine puissance partout où nous allons et la petite voiture avec laquelle nous parcourons l’île et ses routes pleines de poussière en hurlant, les jeux de cartes stupides et les informations à la télévision grecque avec le son coupé et les nuits en club avec les bouteilles volées, encore plus de rires que d’habitude et les bagarres qui explosent presque et les filles, toujours françaises, et les cris et les cendres et les baffles assourdissantes et les dry martinis mal dosés et puis la brune aux cheveux courts et bouclés et la bouche narquoise en marinière, juste avant de partir, réticente, prise, dit-elle, qui change d’avis très vite quand je l’embrasse et qui me tire en courant vers la plage où nous couchons ensemble et puis Pierre et son air de chien mouillé et le sourire de Claire quand elle est contente et Dorian, saoul, qui danse en portant une chaise, et Malcolm qui roule les joints que nous fumons affalés dans les chaises longues et les courses poursuites dans les rayons du supermarché avec les caddies plein d’alcool et de tomates et de concombres et de tatziki, les parties de football ridicules sur la plage, et les dernières gouttes de bière qui bouillent au soleil sur les tables en bois posées à côté des transats à 4 euros l’après-midi et encore Stereo Love et puis la vue sur les ferries le matin en buvant le café sur la terrasse et les bougies, le calme bleu, du ciel et de l’eau et le mien, et la crème solaire dans les dos délicieux et les bretelles qui tombent, et puis le retour triste, et plus d’alcool encore dans l’avion.
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